Gustave Marchoul (1924-2015) : un graveur thudinien universel

Né à Liège, ayant vécu son enfance à Mons, installé plus tard au fin fond de la Botte du Hainaut, Gustave Marchoul a fini par élire Thuin comme son lieu de résidence et de travail. Rares furent les Thudiniens autant attachés à l’universalité de l’art et de la création. Sa vie durant, Marchoul n’a cessé, en pensée ou en voyage, de sonder les plus fondamentales expériences artistiques du passé et de son temps. Nourri de Rembrandt, chercheur infatigable dans les domaines du burin, de l’eau-forte, de la lithographie ou du bois, cet artiste s’est toujours montré en recherche des courants les plus novateurs ou les plus significatifs. Figuratif au début de sa carrière (la neige dans le pays de Chimay fut un sujet qu’il affectionna), Marchoul fut vite inspiré par un art abstrait qui dominait alors la scène moderne. Géométrique au début de sa création abstraite, il devint par la suite plus sensible à un expressionnisme vibrant dans de larges eaux-fortes en noir et blanc ou en couleurs qui firent de lui un des plus importants représentants de la gravure internationale. De nombreux prix tant en Belgique qu’à l’étranger vinrent d’ailleurs couronner ces recherches plastiques particulièrement innovantes. Par la suite, Marchoul, sensible aux variations stylistiques des années 70, en revint à une figuration mêlant techniques traditionnelles de gravure et procédés photomécaniques. Les années 80 furent pour lui l’occasion d’un retour à la lithographie et au bois imprimé en couleurs dans des séries où des paysages oniriques mais souvent très construits se mêlent à une transcription sensible d’une approche mystique qu’il ne cessa de pratiquer jusqu’à la fin de sa vie. Pendant de nombreuses décennies, Marchoul quitta ainsi sa terre thudinienne d’élection pour, en imagination, voyager au sein des créations contemporaines découvertes au hasard de ses infatigables lectures (sa bibliothèque était un univers impressionnant) mais aussi pour se rendre chaque semaine à l’Ecole de La Cambre, à Bruxelles, où il enseigna avec passion l’art de la gravure et de l’estampe. Plus tard, il devint un maître de stage très écouté, admiré et choyé par les élèves de l’Atelier du Livre de Mariemont. A travers l’exposition actuellement présentée au Centre culturel de Thuin, ses étudiants mariemontois ont décidé de rendre un hommage hautement mérité à ce Thudinien reçu à l’Académie et ayant mené l’art de la gravure dans les lieux intenses et universels de la création.

Pierre-Jean FOULON.

 

Gustave Marchoul et L’Atelier du Livre

Dès la création de l’Atelier en 1991, Gustave Marchoul, qui avait cessé depuis deux ans ses fonctions de professeur de gravure à l’Ecole de la Cambre à Bruxelles, a rejoint l’équipe des premiers formateurs. Avec autorité et compétence, il a mis en place un atelier professionnel et élaboré un plan de travail.

L’apprentissage des techniques de gravure est une discipline exigeante qui requiert de nombreuses heures de travail. A chaque technique correspondent différents modes d’expression plastique. En véritable chef d’atelier, Gustave Marchoul amenait chaque étudiant à trouver son mode d’expression personnel. Il transmettait généreusement aux stagiaires tous les secrets de sa remarquable maîtrise technique dans la préparation des plaques, l’utilisation des mordants, la composition des encres ou encore le réglage des presses. Cette générosité est d’autant plus exceptionnelle qu’elle est rare dans le domaine de la pédagogie artistique.

L’évocation de l’atelier de Gustave Marchoul serait incomplète sans évoquer les belles histoires d’amitié qui se sont tissées entre élèves et professeur. C’est autour d’un véritable « père de famille » que s’est construite une belle convivialité dans la mise en commun de tous les projets et le confrontation des démarches.

M-B Delattre.